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ARCHIVES DES TEXTES HISTORIQUES

La croix de Venasque-

  proposé par Michel Geisler

Cet article a été publié, dans la "Lettre des Amis" de l'été 2004.

L'emblème représentatif de Venasque remonte à des temps immémoriaux, bien antérieurs à l'ère chrétienne. De multiples influences y ont conjugué leurs significations symboliques. Dans sa forme achevée, dont les caractères se sont fixés dès avant le ème siècle, on le décrit en termes héraldiques comme «une croix grecque, pattée, cléchèe, vuidiée et pommeïée ». Les branches sont égales (c'est pourquoi on qualifie la croix de grecque} et vont en s'élargissant du centre vers l'extérieur (pattée ou atésée) ; les extrémités se referment en formant une pointe saillante dont le dessin rappelle les poignées des vieilles clés {cléchèe} ; la consistance est évidée de manière à faire apparaître à l'intérieur une croix plus petite {vuidiée}, enfin, les points saillants, au nombre de douze, sont couronnés de boules {pommetée} réparties à raison de trois par branche. Dans les armes de la Maison de Venasque, décrites dès 1043, la croix était d'azur sur champ d'or. Dans celles de la famille apparentée de Gigondas, les couleurs devenaient d'argent sur fond d'azur. Chez les Comtes de Toulouse, qui se sont appropriés l'emblème, en étendant leur pouvoir par voie d'épousailles sur la Provence septentrionale, les couleurs passent à l'or sur fond de gueules (rouge). Au cours des siècles suivants, les régions environnantes en ont fait leur signe distinctif et, dans tout le pays où l'on pariait la langue d'oc, on la vit foisonner sur les blasons, les bannières, tes sceaux, et les monnaies. La croix de Venasque, rebaptisée croix de Toulouse, appelée parfois à tort croix de Languedoc, se pare maintenant du titre de croix occitane.

Les douze pommettes ont particulièrement retenu l'attention de ceux qui veulent interpréter les signes. Douze, le nombre sacré qui confère la maîtrise de l'univers saisi dans ses trois modes, spatial comme les douze maisons du zodiaque, temporel comme les douze mois de l'année ou spirituel comme les douze marches initiatiques qui hisse le sage jusqu'à la Connaissance suprême. Douze aussi comme les rayons de lumière dardés par le soleil ou ces étoiles qui ponctuent le dôme céleste, en marquant les heures, et que l'œil exercé des mages sait distinguer dans les nuits les plus obscures. Beaucoup d'auteurs inspirés par l'ésotérisme évoquent les croix discoïdales qui seraient une représentation du disque solaire, lequel dans sa révolution annuelle parcourt les quatre saisons. Les légions propageront dans tout le monde romain la religion de Mithra, intermédiaire céleste envoyé par le dieu de la Lumière avec ses douze compagnons. Les adeptes de ce rite oriental véhiculeront son insigne mystique, une croix tréflée comme un talisman et porteuse des mystères de Zoroastre. N'aurait-on pas célébré à Venasque le culte mithraïque à l'endroit où s'élève maintenant le baptistère ?. Notons aussi qu'en Gaule cisalpine on honorait déjà d'autres croix dites celtiques à branches égales et cléchées, venues des brumes nordiques dans les bagages des hordes migrantes ou apportées d'Orient par les marchands qui sillonnaient la Méditerranée.

Le monde chrétien reprit la symbolique à son compte. Il donna au signe de la croix une valeur dominante. Dès la fin du deuxième siècle, on célébra des configurations variées, inspirées ou dérivées des modèles païens, mais aussi profondément marquées par le chrisme trinitaire des premiers temps de l'Église, composé de la lettre grecque X entrelacée avec la lettre P, où l'on déchiffrait l'anagramme de Christos. Ce symbole du Christ, le plus souvent, était complété par les signes alpha et oméga. Parmi les nombreuses représentations emblématiques dont certaines vont conduire au dessin de la croix de Venasque, se détache une ligne évolutive où l'on distingue singulièrement la croix grecque croisée, puis la croix copte (qui se relie peut-être à la croix ansée d'Osiris), la croix de Constantinople, la croix nestorienne dont on retrouve une représentation aux confins du Turkestan chinois et la croix wisigothique arienne ; certains dans leur lancée voudraient y ajouter la croix des Cathares alors que, pour ces purs, l'instrument de supplice du Christ n'a jamais été un objet de dévotion.

La croix tréflée trinitaire, dite copte, avait été promue par Saint Marc qui, selon la tradition, évangélisa l'Égypte après avoir fondé l'Église d'Antioche. Cette même croix copte sera brandie par la fameuse légion thébaine, appelée aussi légion sacrée, que l'empereur Maximien emmena en Helvétie et qu'il fit massacrer, parce que son chef Maurice, suivi par ses troupes, refusait de sacrifier des prisonniers chrétiens aux dieux païens. Saint Maurice sera spécialement honoré dans le Comtat venaissin, probablement par l'intermédiaire des Burgondes qui, en s'emparant de la contrée, introduisirent une dévotion développé près du Léman. Caromb en a fait son saint protecteur. 

La cité de Venasque s'est également placée sous sa protection. Au pied du rocher, le prieuré, issu d'une villa romaine, où les templiers installèrent une commanderie passée ensuite aux Chartreux, porte encore son vocable. Le triptyque qui ornait le chœur de l'église - maintenant conservé au musée du Petit Palais - montre son portrait en armure sur l'un des panneaux. Faut-il voir dans cette ferveur l'origine de la croix dont la terre de Venasque a fait son emblème et dans laquelle l'interprétation chrétienne veut reconnaître tout à la fois l'unité de la Trinité proclamée aux quatre points cardinaux, mais aussi les quatre éléments, les douze apôtres ou les douze portes de la Jérusalem céleste? L'antériorité des seigneurs de Venasque, le fait qu'ils aient été les premiers à orner leur blason de cet insigne typique, recueille l'avis concordant de la grande majorité des historiens. Cette attribution est mentionnée dès l'an 1080 à Marseille. On trouve la croix avec toutes ses caractéristiques sur un sceau de la famille de Venasque datant de 1094. Elle décore le tombeau de Geoffroy de Venasque à l'abbaye de Senanque, ainsi qu'une pierre tombale conservée au baptistère. A Sarrians dans la chapelle de la Sainte-Croix construite par le comte Boson vers 950, on peut voir une dalle funéraire portant une croix semblable. Plus incertaine est la filiation avec la stèle de Boétius, évêque successeur de Saint Siffrein, exposée dans la chapelle de Notre Dame de Vie (Vll ème siècle) laquelle offre une version antique, non encore typée et proche de la croix byzantine avec ses branches simplement pattées encadrant des rosaces et les lettres alfa et oméga. Son dessin préfigure curieusement l'emblème qu'adopteront les templiers voire, à cause de sa dissymétrie latine, les chevaliers teutoniques.

Plusieurs auteurs opinent en faveur d'une mutation graduelle qui associerait la croix de Saint Maurice apportée par les Burgondes (mais aussi vénérée par les moines de Lérins chez qui Saint Siffrein fut éduqué) à celle de Constantinople qui aurait cheminé par l'Italie - en laissant des vestiges - à moins qu'elle n'ait transité par les Wisigoths. Cette transformation aboutit, avant la fin du premier millénaire, à la figure que nous connaissons maintenant. Il n'est pas inutile d'observer qu'on trouve des représentations semblables mais plus tardives dans plusieurs lieux d'Italie, notamment à Pise.

Le premier comte de Toulouse à exhiber la croix pattée, cléchée et pommetée sur son écu fut Raymond IV de Saint-Gilles lors de la première croisade. Par la ressemblance que cette figure héraldique présentait avec la croix de Constantinople, il s'attira les sympathies du Patriarcat. Mais cette croix que l'on prétendra désigner, plus tard, sous l'appellation de croix de Toulouse, c'est en leur qualité de marquis de Provence, suzerain du fief de Venasque, que Raymond de Saint-Gilles et ses successeurs s'en réclamèrent, comme l'avaient fait les seigneurs de Forcalquier. Vers l'an mil, Emma qui portait entre autres titres celui de comtesse de Venasque, fille de Roubaud comte et marquis de Provence, en s'alliant à Guilhem III Taillefer, apporta la croix qui figurait dans ses armoiries ; la Maison de Toulouse, deux siècles plus tard, l'incorpora dans les siennes.

Puis-je terminer par une exhortation où souffle l'esprit de clocher. Si vos pérégrinations vous mènent dans la région toulousaine et que votre sensibilité soit froissée par l'étalage des inscriptions vantant la prétendue Croix de Toulouse, faites comme moi : biffez rageusement l'appellation abusive et écrivez par dessus Croix de Venasque.

A la rigueur vous pouvez tolérer l'expression moderne et identitaire de Croix occitane,  encore que...

Michel Geisler

Quelques sources :  

Henri Rolland  Provence historique 1950 ; Bertrand de la Farge : La croix occitane 2000 ; Raymond Ginouillac : La croix occitane 2004. 

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Au XVIIème siècle, Venasque terre des miracles-

proposé par Michel Geisler

Cet article a été publié, dans la "Lettre des Amis" de l' hiver 2004-2005.

 Sur l’antique emplacement d’un lieu de culte gallo-romain où, selon la tradition, Saint-Siffrein avait construit aux temps mérovingiens un oratoire dédié à la Très Sainte Mère de Dieu, l’ordre des Minimes vint s’établir au début du XVIIème siècle, grâce aux dons d’une noble et pieuse femme Mme de Causans. Le sanctuaire attirait les pèlerins en foule ; de huit à dix mille par an, disent les chroniques. Les murs se couvraient d’ex-voto offerts par les dévots dont les vœux étaient exaucés. On y célébrait des prodiges, tel celui qui est rapporté dans la Vie édifiante du R. P. Jérôme d’Estienne. Le registre des délibérations au conseil de la Communauté venasquaise confère à cet événement merveilleux une assise historique.

Les temps étaient durs, la sécurité incertaine ; la famine poussait au crime les miséreux. Une bande de brigands désolait la campagne environnante ; ces brutes féroces, tapies dans le défilé de la Nesque, fondaient sur les pauvres gens qui passaient à leur portée et le bruit de leurs crimes répandait l’effroi dans les terroirs de Venasque et de Méthamis. Les granges isolées leur payaient tribut. Leur chef, un nommé Mathieu Courtois dit La Grave, avait passé un marché avec le diable. Le pacte stipulait qu’il  devait assassiner un homme chaque année au jour de Pâques,  en prenant soin de choisir un mécréant qui désertait les offices en sorte que son péché mortel le conduisît directement en enfer ; en contrepartie, le scélérat pouvait commettre impunément ses méfaits car son démoniaque affidé s’engageait à le prémunir contre les gendarmes et à  le rendre invulnérable à leurs coups. Satan éleva toutefois une réserve : son pouvoir maléfique ne prévalait pas sur les grâces souveraines de Notre-Dame-de-Vie. «Défie-toi des manigances de la méchante vieille, dit-il à son suppôt, et que tôt ou tard elle ne joue à ton grief quelque tour de sa façon ». Plusieurs années de suite le bandit exécuta sa promesse impie. A Pâques de 1702, il s’aventura hors de son repaire et découvrit un laboureur, en grave manquement à ses devoirs de chrétien, qui avait l’impudence de travailler aux champs un jour de fête tout à côté de la chapelle du couvent. En vociférant d’affreux blasphèmes, le pourvoyeur de l’enfer se jeta sur le malheureux et l’étendit pour mort. Au même moment, les fidèles sortaient de Vêpres. La Grave, fort de son invulnérabilité, affronta la foule et pointa deux pistolets. Cependant, à l’intérieur de la chapelle, le R. P. d’Estienne restait plongé dans sa méditation, insoucieux du monde extérieur. Du haut de son piédestal, la statue de la Vierge fit entendre sa voix. Elle morigéna doucement le saint homme : « Eh quoi, Monsieur, l’instant n’est point à l’oraison ! N’entendez-vous pas les cris de ceux qui réclament votre ministère ? Vous seriez bien avisé de sortir sur le parvis, car il y a une âme qu’il faut arracher aux griffes du Malin » . Le moine courut à la porte et découvrit une scène affreuse; il leva les bras vers le ciel et son invocation fut entendue. Les armes du brigand firent long feu et la foule enhardie s’empara de sa personne. Et voilà que la victime, qu’on croyait trépassée, se redresse et trouve un regain de force pour confesser ses péchés. La main miséricordieuse du moine s’abaissa vers le front du repenti et le bénit. Il retomba mort mais absous. Tout soudain, un long cri de fureur, strident comme les hurlements de la bourrasque, se répercuta dans les gorges de la rivière et saisit d’effroi les témoins du miracle : le diable se lamentait d’être volé de sa proie. On accabla de coups le criminel, on lacéra ses vêtements, et l’on trouva, cousus dans la doublure de son habit, des grimoires revêtus de signes maudits. L’une des formules magiques le préservait des armes à feu, une autre des armes blanches, d’autres encore des jets de pierre ou de bâton … mais aucun talisman ne l’immunisait « contre la toute puissance de celle qui avait écrasé le serpent » . La Grave, traduit à Avignon, fut promptement jugé et condamné. Le bourreau le supplicia la veille de la Nativité de la Vierge ; les membres rompus, le misérable voué à la peine éternelle agonisa plusieurs heures sur la roue en jurant comme un païen. (récit d’un contemporain le R. P. de Rians, religieux des Minimes).

Reproduction en noir et blanc de l'ex-voto offert par la Communauté de Venasque. On y peut voir le village perché sur son rocher. L'artiste a représenté naïvement les péripéties successives qui ont marqué l'évènement. L'œuvre fut appendue au dessus de la porte principale.

Les consuls de Venasque voulurent laisser aux siècles à venir un monument commémorant la reconnaissance des habitants du lieu « qui ont été préservés des coups de fusil et de pistolets tirés par les Bohêmes ( = malandrins) le soir de Pâques dernier » . Par délibération du 20 avril 1702, la Communauté fit don à la chapelle de Notre-Dame-de-Vie d’un ex-voto rappelant cet épisode remarquable. La population manifesta sa liesse devant l’exactitude de la représentation. Elle se rendit en procession à la chapelle pour en faire l’offrande. On chanta une grand-messe d’action de grâces où l’on brûla quatre flambeaux d’une demi-livre pièce. Les consuls déchantèrent lorsque les autorités pontificales d’Avignon leur réclamèrent le remboursement des frais de justice. Après une année de chicanerie, ils durent accepter une transaction qui coûta vingt-cinq écus blancs à la caisse commune. Les exigences du Temporel prenaient le pas sur le Spirituel ; ils apprirent que les miracles, s’ils sont gratifiants,  ne sont pas gratuits pour autant.   

Michel GEISLER

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Brins d'histoire -

Les apprentis dans les archives venasquaises

proposé par Guy CHALANDARD
Article  paru dans le numéro de la Lettre des Amis de l' hiver 2011.

Parmi les archives, les registres de notaire représentent des sources fécondes et variées pour les historiens. Par exemple, on y rencontre souvent d’anciens contrats d’apprentissage. Parmi des dizaines d’autres à Venasque, les plus courants semblent concerner ici les cardeurs et les tisseurs. Mais tous les métiers sont cités, de l’apothicaire au fabricant de vaisselle en étain, du notaire au ferronnier, du maçon au couturier, du passementier au maître d’école, etc. Dans l’exemple présenté ci-dessous, vous trouverez le résumé d’un contrat datant du XVIIe siècle, concernant l’apprentissage d’un jeune Venasquais chez un “maîte poudrier, ou salpêtrier”. Ce salpêtrier fut certainement très compétent puisque, ensuite, nous verrons qu’il enseignera lui-même son “art” à plusieurs autres jeunes : la collecte du salpêtre et de l’élaboration de la poudre.

Sources : A.D.84 - Archives notariales 3E61/120.

N.B. : pour être plus facilement accessible, le texte d’origine a été transcrit avec de nombreuses modifications. (Je tiens le texte original à la disposition des personnes éventuellement intéressées).

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1659, 6 août. - L'an mil six cent cinquante neuf et le sizième jour du mois d'aoust par devant moy notaire estably personnellement Jaume Roubaud dudit lieu de Venasque, lequel de son bon gré, s'est loué, lui  et ses oeuvres, audit maître Pierre de Villarie salpétrier du lieu de [Crestet] diocèse de Vaison pour apprendre l'art de poudrier.... Et c'est pour une année commençant à la feste de la St-Michel prochaine et semblable jour finissant (1) …avec les [pactes] suivants :

- que ledit maître de Villarie sera tenu durant ledit temps de bien et fidèlement [lui] enseigner l'art de poudrier de tout son pouvoir;

- de l'entretenir dans sa maison (2)…

- et pourra l'occuper qu'à ses affaires sans le divertir desdites affaires que pour les siennes.

Et en cas que la mère dudit Jaume heust besoing de lui, il lui sera permis d'aller la voir et d'y demeurer l'espace d'un mois si besoin, [en compensant ensuite ce temps perdu].

Et en cas de maladie (que dieu ne veuille)  s'il empira plus de huict jours la dépence que se faira sera au despens [à la charge] dudit Jaume.

Et ledit maître Villarie sera tenu lui fournir deux paires de souliers durant ladite année, et le blanchir.

Et en cas qu'il quitte ledit maître Villarie sans raison [ils se référeront] au dire et jugement de deux hommes de [métier] sans les contredire.Au présent acte d'apprentissage ont promis et promettent avoir agréer et ni contrevenir (3)...

Fait et publié audit Venasque dans la maison de moi notaire en présence de maître Pons Fabre et maître Jean Lombard cardeur à laine de Venasque tesmoings requis et appelés et soubsignés [qui a su écrire] : Pons Fabre et de moi Félix Biolet notaire.

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1)C’est à la Saint-Michel (fin septembre) que sont généralement conclus la plupart des baux et autres contrats.

2)L’apprenti sera logé et nourri.

3)Ce contrat d’apprentissage ne contient pas de notification  d’argent.Pourtant nous avons constaté que le plus souvent les apprentis paient le maître enseignant. D’autres part, les apprentissages durent généralement deux ou trois ans.

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Au fil des années, Jaume le poudrier s’est affirmé dans son métier. Il va former d’autres salpêtriers: plusieurs contrats le confirment dans les archives des notaires. Nous savons par ailleurs que Jaume est marié à Jeanne Ruel et qu’il fera un testament en 1691, bien avant son décès, qui se situe entre 1708 et 1713. Nous verrons enfin que son fils, Jean-Joseph, conservera ce métier et embauchera lui aussi d’autres apprentis.

Sources : A.D.84 - Archives notariales de Venasque, Notaire Jean-Claude Sibourd : 3E61/107, 3E61/108.

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Le 19 novembre 1704. - Dominique Lazares, fils de Jean de Sault en Provence ... majeur de 20 ans … prend contrat chez Jaume Roubaud poudrier, pour trois années. Celui-ci "lui a promis de lui apprendre de son pouvoir et industrie le mestier de poudrier et salpêtrier; de l’entretenir des aliments de bouche pendant le temps"... Roubaud lui donnera la fin de la première année trois escus patas (4), à la fin de la seconde année trois autres escus, et à la fin dudit apprentissage "completes et revolues lesdites trois années" douze autres escus. Mais à condition que Lazares remplisse son contrat.

Le 7 janvier 1708. - Gabriel Martin de Mourière en Provence, 20 ans, rentre en apprentissage chez Jaume Roubaud poudrier. Celui-ci lui donnera de même 6 escus par an, à condition que ledit Martin reste tout ce temps-là. (Le témoin qui signe est Esprit Ferrier, ellesiastique et régent des écoles).

La même année ce sera Jean Mathieu Mus, fils de François Mus, de Venasque, qui à 17 ans rentre au service de Jaume (Roubaud) pour 3 ans. Roubaud sera tenu de lui faire un habit complet et un "cappeau" (5).

En décembre 1713, Jean-Baptiste Silvestre, présenté par son père Anthoine, de Gordes en Provence, 18 ans (il n'a pas 25 ans âge légal pour être majeur) "de son gré pour lui et les siens a loue lui et ses oeuvres au sieur Jean-Joseph Roubaud (6) poudrier dudit Venasque pour le temps et termes de trois années prochaines". "Roubaud sera tenu d'apprendre de son pouvoir le mestier de poudrier et salpêtrier (…), de le nourrir et lui fournir les alimens de bouche". Au bout des trois ans il lui donnera treize escutz patas (il lui donne de suite en acompte un escu patas). Mais il est convenu en outre que "Silvestre fils sera tenu de travailler pour les autres affaires de Roubaud et à l'aider à cultiver ses terres, en bon père de famille". Les témoins du contrat sont "les révérentes personnes monsieur Jean François Sibourd [prêtre] et sieur Francois Ruel teinturier".

f° 383 - Le 27 janvier 1715. -  Jean-Pierre Pelli de Venasque, présenté par Francoys Pelli son oncle, signe un apprentissage chez Jean-Joseph Roubaud poudrier, "pour 26 mois à commencer le deux apvril prochain". Roubaud promet lui apprendre le métier de salpêtrier .... mais Pelli travaillera aussi  "pour les affaires dudit Roubaud". Il sera nourri et il recevra (plusieurs?) patas. Contrat signé en présence de noble François Mourre et sr Jean Anthoine Eyrier dudit Venasque témoins.

f° 604 - Le 22 novembre 1718. - Jean-Jh Tramier fils de Mathieu Tramier, se loue à Jean-Joseph Roubaud pour 2 ans et demi.

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4)Le patar ou patas est alors la monnaie usuelle dans le Comtat, mais de peu de valeur.

5)Nous ne savons pas si ce nouvel apprenti remplace le précédent ou s’il est supplémentaire.

6)Jean-Joseph est le fils de Jaume Roubaud qui est décédé.


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Monument aux morts de Venasque

proposé par Guy Chalandard

Article  paru dans les numéros de la Lettre des Amis de l' hiver 2010 et  du printemps 2011.

Les plaques de marbre qui entourent le monument aux morts portent les noms des Venasquais (ou de personnes qui y avaient de fortes attaches) tués "pour la France" pendant les deux guerres mondiales principalement, mais aussi pendant la Résistance et pendant les guerres d'Afrique du Nord et d'Indochine.

AVERTISSEMENT: les indications que vous trouverez peuvent contenir des erreurs. Mes recherches ont été faites sur les archives locales, sur le site "Mémoire des hommes" de l'Armée et grâce à la bonne volonté et la mémoire de plusieurs personnes d'ici et de la contrée. Je remercie ces dernières pour leur aimable collaboration. Mais des lacunes existent, des mauvaises transcriptions aussi et je ne suis pas généalogiste ! Aussi, je remercie par avance tous ceux qui voudront bien me fournir des informations supplémentaires pour compléter et parfaire cet article. Guy C.

N.B. - Cet article peut  être consulté dans sa totalité en cliquant sur le lien ci-dessous:
Monument_aux__morts_Venasque.pdf

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La peste à Venasque au XVIII ème siècle

proposé par Guy Chalandard

L'article suivant est paru dans la Lettre des Amis, printemps 2001.

Il y eut de nombreuses épidémies. Il y en aura encore. Notre histoire locale en a gardé des traces écrites. Les Venasquais furent touchés par les pestes. Celle de 1589, puis de 1629-1630, enfin, la plus connue à cause de son “Mur”, de 1721.Ci-dessous, quelques lignes concernant cette dernière (sources :  Archives Départementales Vaucluse - série communale GG 22) - l’orthographe a été respectée, mais des accents et ponctuations ont été volontairement ajoutés pour faciliter la lecture

 octobre 1721 - (la peste a débarqué à Marseille, d’un navire chargé de tissus; elle sévit déjà dans la région, pas encore à Venasque;  mais un “bureau de santé” est mis en place, et semble remplacer les autorités locales et prendre toutes les décisions de la communauté. Une garde a été installée en septembre, aux deux portes d’entrée du village; des « barrières » aussi, aux limites du territoire, en particulier au quartier de la Belle-Croix;  on fait des provisions, moutons, fruits, blé, etc;  on interdit à toutes personnes étrangères de rentrer, si elle ne sont porteuses d’un billet attestant leur bonne santé; on prévoit des lieux pour installer des « infirmeries », éloignées du village, dans des « baumes » en particulier, on cherche à employer des médecins et des “parfumeurs »,  bref le “mal contagieux” s’insinue) . 

 14 octobre - « le bureau a conclud que Mr le prieur Mourre seroit mis en quarantaine au grangeon de Jean Joseph Roubaud et que ladite quaranteine seroit commencé le 14° de ce mois d’octobre jour de son arrivée et pour l’assurance de notre lieu a conclud que toutes les fois qu’on luy porteroit les provisions on avertiroit Monsieur l’officier de garde pour ce faire accompagner par un soldat afin que personne ne communique et que tous ceux qui tomberoit dans le cas de communiquer seront mis aussi en quaranteine et qu’on ne luy parlera ni on luy portera rien que par la muraille et qu’on ne pourra pas passer au-delà de ladite muraille à peine qu’ils seroient mis en quaranteine (…).  

21 octobre - « …tous les suspects sur une liste (…)  « seront tenus de passer en revue tous les soirs après les portes fermées pardevant noble Charles Sibour chirurgien et Joseph André Arnaud notaire, … toute la maison de tel manquant sera remis en quarentaine et sera puny comme le bureau trouvera bon (…). 

29 novembre - (toujours dans la chambre de Reverend messire Charles Sibourd prêtre et vicaire avec noble François du Moure, viguier; Jean Esprit Tournefort et Joseph Roubert consuls - noble Jean Claude de Moure de St-Martin, noble Jean François Sibourd, docteur en droits; noble Charles Sibourd docteur en medecine, Me Joseph Arnaud notaire; sieur Joseph Petit, procureur des pauvres, sieur . ?.Arnaud, Jean Claude Tramier, Jean François Rigoard, Jean Costre ?, J. Jh. Benoit, Claude Choutard, Esperit Jean, Michel Bombonel, Anthoine Arnaud dit barrolin, Jh. et François Arnaud, Jean Claude Pascal, Philip Aubert, Jean Pierre Tourrette .?, Jean Mathieu Mus, Honoré Ortolan). 

« … a été conclud de commenser une vingtaine ce soir pendant laquelle personne de quelle qualité que ce soit ne pourra de sortir du terroir dudit lieu de Venasque excepté pour aller au moulin a bled pour faire farine a peine d’estre mis a quarantaine et estre gardé à ses dépans et que nul estranger ny forain ne pourra entrer dans le présent lieu pendant ladite vingtaine et que les gardes des portes du present lieu ne laisseront aprocher lesdits estrangers qu’a cinquante pas de distance de la porte dudit lieu (…).   

Guy Chalandard

Glossaire : - l’assurance de notre lieu : la sécurité, la préservation - muraille : mur - à peine : sous peine - les portes : entrées de la ville - estranger : qui habite dans d’autres cités - forain : propriétaire dans un lieu, mais qui habite ailleurs - consul : correspond au maire; ils étaient deux, renouvelés chaque année (le premier mai généralement dans le Comtat) - viguier : juge en la commune (et porte-parole auprès de l’Évêque à Carpentras, pour celui de Venasque) - baume : abri sous roche.

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Venasque, où sont donc passés tes hospices?

proposé par Guy Chalandard

L'article suivant est paru dans la "Lettre des Amis", été 2007. 

Ces quelques lignes essaient de retracer rapidement les implantations des bâtiments hospitaliers dans le village de Venasque. Elles s'appuient sur la lecture de documents anciens puisés principalement dans les archives venasquaises. Depuis de nombreuses années en effet je les consulte dans le but de rassembler ce qui se rapporte à la santé, à l'assistance, aux épidémies venasquaises etc....- L'essentiel de ce présent article a paru  la première fois dans Les Carnets du Ventoux (n° 54, 4° trimestre 2006, disponible à la Bibliothèque de Venasque).

 Au cours des cinq ou six siècles derniers, les bâtiments hospitaliers à Venasque ont été installés en trois lieux différents, au moins.

1. La vieille Charité : (XIVème siècle)

C'est vraisemblablement au cours du XIV°siècle qu'une première maison hospitalière a été instaurée à Venasque. Maurice Caillet  Conservateur émite de la Bibliothèque  de  Carpentras, écrit   : “il devait y avoir  un hôpital-hospice dans presque toutes les paroisses; cependant nous n'en n'avons retrouvé dans les  actes qu'à Carpentras, Malemort, Mazan et Venasque “ (note 1) . Des études plus récentes font mention de “l'ausmone ou caritat“ en 1329 (note 2) . M. Dubled, ancien Conservateur également à Carpentras, a fait référence aussi à ces charités. Ajoutons qu'en 1862, dans l'inventaire des archives de Venasque qui est établi à cette époque, existent 5 livres des “reconnaissances“ au profit de la Charité, dont l'un est daté de 1532.

La Charité, ou Caritat, est une institution qui tient  une importante place dans la vie de la communauté. Il semble que son but soit plus humanitaire que médical, il s'agit d'abord d' une maison d'accueil et d'aide ponctuelle, spécialement auprès de quelques déshérités, de voyageurs malades, et enfants en abandon. Son nom même de  Charité lui désigne sa fonction principale. Elle est le relais entre l'Eglise et le Laïque. L'administration de la commune y fait  souvent référence, par exemple, elle contribue à garder les “greniers“ et à distribuer les grains lors des hivers difficiles. En cas de besoin financier, la Charité, peut même être prêteuse. D'autant que ses revenus proviennent des habitants eux-mêmes, en particulier à travers des donations et testaments. Et aussi, lors des ventes de terres ou de maisons, un droit de “lods“ en  sa faveur lui est  attribué : de très nombreux actes notariés font référence à ces “reconnaissances“.

Le lieu de son implantation dans le village est difficile à connaître. Cependant, par référence à divers archives et observations personnelles, j'ose suggérer que cette première Charité se situe certainement dans le quartier dit Saint-Paul. Ce toponyme est  utilisé dans les plus anciens textes consultés, datant du  XVI° siècle. Mais ces recherches sont à compléter.  Il y aurait lieu de faire un rapprochement entre une certaine chapelle(?) Saint-Paul  et cette maison de la Caritat.  

2.L'hospice Antoine Verger (1724)

En 1724, « l'hospital est en ruine » et un nommé Antoine Verger, curé à Venasque, ayant acheté une maison appartenant à l'évêque Abaty, qui l'avait achetée quelques années auparavant, crée un  « nouvel hôpital », il est reconnu par les consuls et  le conseil en octobre 1724. Là encore, son emplacement exact n'est pas  connu, sauf qu'il se trouve vers « la place des boyers ». En outre, les archives concernant son activité, pendant cinquante ans, n'ont pas été  retrouvées, du moins pour l'instant.

3.L'hôpital Marie Malet (1770).

En 1759, l'évêque en  visite, rapporte que « la maison de l'hopital est  toute  délabrée ». Il serait  prêt à participer  à l'achat d'une  nouvelle maison. Mais, une Venasquaise, Marie Malet, originaire  de Gordes et épouse  d'un certain Flour de Venasque, bourgeois et rentier faisant  office de banquier local, a aussi le « voeu pieu de créer un  nouvel hôpital ». Elle achète en 1770, aux frères Pellen, menuisiers, une  maison, sise rue des Ouvergnes ou de  l'Avocat (note 3)  et réalise son vœu. 

C'est cette maison que l'on nomme encore aujourd'hui l'hôpital, en ignorant souvent qu'il y a eut des précédents, et qui a laissé ce même nom à la rue. On ne peut manquer la  porte d'entrée de style Louis XV. On remarquera à gauche, en façade, la partie haute et ogivale d'une vieille porte cochère (du XIVéme siècle ?). Elle est en partie cachée par un parement de pierres taillées (extraites  de la carrière dite de Payan, non loin du village) qui sera construit, malgré les apparences qui le font croire plus ancien, seulement en 1891, pour soutenir les vieux murs  « menassant ruine  et  devenant dangereux ». D'autres travaux auront lieu au cours des  années dans cet hôpital. Il faudra surtout retenir la  création, pour agrandissement, « d'un balcon, au-dessus du jardin », au sud de la maison, construit en 1829 (note 4) ; (il n'est pas visible de la rue).

Il ne faut pas s'imaginer un hôpital comme on le conçoit actuellement. Les malades ou les blessés sont  reçus pour de courte durée. Et s'il est possible de mettre dix  lits, il ne reste en permanence qu'une poignée de personnes; la  plupart y décèderont, elle est alors plutôt une maison de retraite. A la fin du XIX° siècle, la population de Venasque décroît, les revenus de l'hospice aussi, tandis que les ventes aux enchères de ses biens, terres et maisons, profiteront largement à plusieurs acheteurs locaux.  Cet hôpital sera fermé en 1939. Il abritera un peu plus tard un atelier de minuteries électriques (note 5) avant de devenir dans les années 1970 une maison d'habitation privée.

Guy Chalandard

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[1] Dans sa thèse « Histoire des Évêques  de Carpentras au XIIIème siècle». Biblio.Inguimbertine    retour                                     

[2] Daniel Le Blévec, in « La part du pauvre ...»  retour

[3] Dauvergne ou d'Ouvergne, patronyme d'une famille installée à Venasque au XVIème  siècle. L'avocat  pourrait être un Monery, famille notable de Carpentras et de Venasque, aux  XVIème  et XVIIème  siècles.   retour

[4] Le chantier est vendu aux enchères au maçon Astay, de Malemort.   retour

[5] Atelier installé par M. Dauzier, quelques Venasquais s'en souviennent, (avec une annexe dans l'actuelle galerie Viard, place de la Fontaine).   

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La Fontaine dans le village a bientôt quatre cents ans

proposé par Guy Chalandard

L'article suivant est paru dans "La Lettre des Amis", printemps 2005.

Le 30 septembre 1612, les consuls et les conseillers de Venasque convoquent un "Parlement". Il s'agit de rassembler les principaux chefs de famille, c'est-à-dire ceux qui participent activement et financièrement à la vie communale. Ils sont nombreux, près d'une centaine, réunis ce matin-là, "faisant la plus sayne et mayeure partie des habitantz". Nous avons leurs noms par le rapport de la délibération. Ils sont réunis devant l'église parrochiale, ou peut-être "dans les crotons, davant l'Eglise parrochiale”, au mois de septembre il pouvait faire assez bon. A cette époque, les "parlements" avaient lieu à cet endroit, tandis que les réunions plus restreintes des conseillers et consuls, se faisaient souvent dans "la salle de garde de la porte haute". Les discussions en langue comtadine étaient vives, la décision à prendre était d'importance, et, pour cette raison, les consuls Hierosme Ruel et Michel Felline, élus le premier mai, pour une année, avaient opté pour ce démocratique rassemblement. Mais nous verrons cependant que ne n'est pas l'avis de la majorité qui l'a emporté; les principaux conseillers de la commune décideront de passer outre. Pour une fois, on pensera que leur décision pragmatique fût sage et favorable à l'intérêt général. Pourtant, la dépense envisagée était fort importante. D'autant que, depuis une quinzaine d'années, se prolongeait un procès fort coûteux pour la caisse de la "communauté", porté jusqu'en Cour de Rome, contre le seigneur de la Roque Sébastian des Seguins qui ne voulait pas payer ses impôts fonciers sur ses terres de Venasque. Et que des dépenses importantes devaient être investies dans les "murailhes" de la ville pour sa défense, et en particulier pour les réparations des deux portes d'entrée, dans l'entretien des fours et des moulins à huile, entre autres dépenses courantes.

* * *

Voici quelques extraits du texte de ces délibérations. (Pour faciliter la lecture, j'ai  transcrit de nombreux mots dans une forme plus moderne, tout en conservant cependant des termes qui reflètent bien la saveur des mots employés alors. Pour les lecteurs plus rigoureux cependant je suis à leur disposition pour leur procurer la transcription originale, et les références aux Archives. Les mots ou expressions portant un * figurent dans le glossaire ci-dessous).

” … auquel parlement a esté exposé par lesdits Sieurs consuls comment ces jours passés messieurs Claude Furet maçon de la ville d Arles, maîtres Barthelemi et Nicolas Mourel freres , en leur nom et en celui de maître Michel Mourier maçon de Pernes, se sont offerts de prendre, cueillir et réduire* toutes ensemble les eaux qui sont le long du grand rocher du Tourounel*, et icelles eaux bien et duement* à leur fonds, conduicts, leurs tuyaux, vazes, conque,  bourneaus* de brique et pierre necessaires,  conduire et remettre*  dans ledit Venasque à la place publique (…) "

                Le devis est de "850 escutz de 5 florins pièce que se payeront, scavoir, a l' entrée*  de l’oeuvre 200 escuts et le restant en faisant l oeuvre et à la fin d icelle …"

                Il est précisé que les "massons bailheront caution suffisante et agréable à la communauté*".

En outre : - "Item* que la commune leur permettra de prendre de bois à la montagne et baisses* et du devens des Derboussières* pourvu  que ce ne soit de roure  et euzes* pour fere la chaul qui leur sera necessere ainsi que les pierres pour ladite chaulx, et pour toutes autres matieres necesseres (…)

"Item, que lesdits maîtres la conduiront tout de long de son chemin trois pans* dans la terre et deux pans dans le rocher

              Item, qu’ils conduiront l' eau par le quartier de Terre Blanque et de Quinsan au choix  de la communauté ; et au cas qu’ils la conduisent du quartier de Terre Blanque et qu atteignent le rocher dur et ferme dans le saffrade* qu’est audit quartier lequel est necessere d estre miné (…) la commune fera des intérest aux maistres de ce que coustera davantage (…)

              Item et finalement qu’ils la remettront à quatre bourneaus avec leurs vazes à la place publique et ung bourneau à la place qu’est au devant l’église." 

A cet exposé "considérant le grand bien utilité et profict que redonnera à la communauté et particuliers à l’occasion de la fontayne et grand peyne et travail qu’ont les particuliers pour aller querir à la fontayne de la commune qu’est hors la ville ( … )" ont approuvé ce projet :   

Pierre de Saint-Maurisse, coseigneur de Venasque et St-Didier, Pierre Granier Bayle*, sieurs Hierosme Ruel et Michel Felline consuls, sr Anthoyne Spirit Sibourd, sr François Tourrette, sr Mathieu de Salsis, maitre Raymonet Taxi, Anthoyne du Sap, mre Pierre Dumont, Jacques Audigier, mre François Jousselme, mre Colin Ortholan jeune,  Guilhen Tourrette, mre Marin Mourre, et mre Alexandre de Salsis notaire (…) mre Jehan de Salsis aussi notaire et greffier de Venasque,  tandis que tous les autres n'acceptent pas : " à quoy les  susdits acquiescents ont respondu n'estre raysonable (…)" [en effet] "une partie d’iceulx sont bastidiers* et n'ont besoing de fontayne dans la ville, et l’aultre partie sont gentz grossiers et pauvres [pourtant] la plupart qui n’en payeront presque rien [alors que ce sont] les acquiescents qui en payeront la plus grande partie; ils n ont l' esprit ni le jugement pour considérer le bien et utilité grande qu’aportera ladite fontayne aux habitantz. Le Bayle veut alors prendre un rendez-vous en Avignon auprès du Cardinal légat. Une députation est constituée par Pierre de Saint-Maurisse, Hierosme Ruel consul et Anthoyne Sibourd marchand, tandis que, du côté des "contredisants" personne n'est désigné : "Lhors, le sieur Bayle ayant entendu ce dessus a assigné les susdits acquiescentz  et [contredisants] a comparoir mardy prochain deux heures après midy au Palais Apostolic d’Avignon par devant Mrg Illustrissime Cardinal pour la vuidange* et termination entiere du contenu à la presente conclusion".

Les villageois auront dorénavant l'eau presque dans leurs maisons. Les fontaines plus proches, Coste-Chaude et Bonne-Fontaine, n'en seront pas pour autant abandonnées, ainsi que toutes les sources du territoire, qui restent communales. Mais à partir de cette construction la maintenance de la fontaine sera l'objet de très nombreuses délibérations, devis, permanents entretiens et dépenses. On pourrait en écrire un livre. Depuis, l'eau potable, d'abord seulement distribuée par trois bornes publiques, entra ensuite dans les maisons (1959, bien après l'électricité)."La fontaine" qui n'est plus maintenant alimentée par "la source de tourounel" mais par d'autres distributeurs a perdu sa gratuite et indispensable utilité qu'elle a fournie pendant plusieurs siècles. La source elle-même se perd dans les rochers, et non entretenue, elle est happée par les racines des arbres, et la sécheresse. Peut-être verra-t-on même la Fontaine de la Place, à l'occasion de son quatre-centième anniversaire, devenir par exemple, si l'on ne tenait plus compte de son agréable présence, lorsqu'elle est mise en eau , un kiosque à musique, abritée sous une "folie"* métallique due à un artiste sculpteur voisin !  

Guy Chalandard

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GLOSSAIRE:

Cròta, en occitan, signifie voûte, cave, crypte; croton, caveau. Je ne sais pas où étaient situées ces caves. Ni que veut dire "devant l'église", considérant qu'à cette époque, la porte du XVIII°, à l'est,  n'existait pas, et qu'à l'ouest était le cimetière. -  Tourounel : voir dans notre brochure "balades toponymiques autour de Venasque, circuit n° 4 - cueillir et réduire  toutes ensemble les eaux: diriger les eaux de la source -  bien et duement : faire un bon travail - vases, conques  et bourneaus : en  occitan vaissèu (grand tonneau, fût), conca (vasque, bassin), bornèu (tuyau, tube) –  a l' entrée de l'oeuvre : ici : au début des travaux - " bailheront caution suffisante et agréable à la communauté" : c'est-à-dire qu'une autre personne connue honorablement se portera garant de ce contrat. - Item : mot latin signifiant  de même, également, et encore - à la montagne et baisses : les baisses sont généralement les terres situées au pied de la"montagne", limites entre terres cultivées et forêts - du devens des Derboussières : voir dans notre brochure "balades toponymiques autour de Venasque, circuit n° 2 - roures  et euzes: chênes rouvres et chênes verts -  pan: le pan est une ancienne mesure faisant ici environ 24 centimètres. – saffrade , safre :grès limoneux tendre – Bayle : le bayle est ici le juge et représentant de l'Evêque – bastidiers: qui habitent en campagne, à l 'extérieur du village - vuidange : liquidation de l'affaire – folies: constructions de plaisance et de fantaisie particulièrement appréciées au 18° et 19° siècles

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Le grangeon d'Estrayer a disparu ou "de la perte des toponymes"

proposé par Guy Chalandard

L'article suivant est paru dans "La Lettre des Amis", hiver 2007/2008

      Pourtant il est bien pratique ce nom-là. Tous les Venasquais, disons au moins ceux qui sont là depuis plusieurs décennies, l'utilisent couramment pour désigner le carrefour qui est à l'embranchement de la route départementale Carpentras-Apt et de celle qui monte au village en passant devant le cimetière. Mais pourtant ce toponyme tend à disparaître; il est remplacé curieusement par un tas de circonvolutions oratoires qui rendent confus ce que l'on peut désigner aisément.

      Cette tendance risque d'empirer, par l'arrivée de nouveaux habitants, qui ne connaissent pas encore les noms des lieux-dits, et par la disparition des anciens venasquais. C'est la récente transformation de ce carrefour en un nouveau « giratoire » qui me suggère d'écrire ces quelques lignes.

      Le granjoun de l 'Estrayer, en provençal, était un petit cabanon situé en dessus et à quelque dix mètres du carrefour actuel, vers le sud. Il aurait été construit par un nommé Estrayer, qui venait d'Avignon, vers la fin du XIXème siècle. Il avait certainement choisi cet endroit sur l'une de ses terres, au croisement du nouveau « chemin de grande communication » instauré vers 1850. Il devait bénéficier peut-être aussi de la source qui sortait tout à côté (la sécheresse n'était alors qu'épisodique) et qui ressort parfois en contre-bas de la route. Cette petite construction a été démolie récemment lors d'un réaménagement de la voie. On peut en voir quelques éléments encore, tristes pierres perdues dans les genêts ou au pied du vieux cerisier sauvage, un mahaleb prunus ou Sainte-Lucie, de rares dimensions, comme le dernier témoin de cet habitant. On peut conserver au moins son nom en utilisant ce toponyme qui désigne parfaitement un lieu, un rendez-vous, une croisée de routes, et même maintenant un étrange « giratoire ».

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De quelques autres noms aux alentours

       Le grangeon d'Estrayer se trouve dans le quartier de rouffren. Son étymologie pourrait venir d'une déformation de rièu frés, le ruisseau froid.

       De l'autre côté de la route, vers le nord, c'est le quartier du ribas. Ce mot en provençal signifie un lieu composé de terres traversées par des fossés, des rives plutôt de mauvaise qualité et escarpées (1).

      Sur les cadastres anciens le chemin autrefois appelé le chemin de la montagne dont une partie ensuite se nomme le chemin du Vas séparait ces deux quartiers. La création de la nouvelle route départementale au XIXème a chamboulé l'ensemble (2).

      Dans ce quartier du ribas passe aussi, pas loin de la Nesque, le chemin de Methamis, autrefois appelée « des métamies », et qui traverse ensuite la Nesque et via la Roberte monte,  par lou pas dou loup, en direction de Méthamis.

      Le ribas, à l'ouest est limité par le chemin des Souveilles, (qui traverse ensuite lui aussi la Nesque) et l'on passe alors dans le quartier des ferrailles.

      Feralho, d'origine latine, en vieux provençal désignait l'épeautre et aussi le fourrage; ces ferrailles, que l'on retrouve souvent dans toute la région, sont donc des pâturages généralement réservés à l'usage domestique des habitants pour leur basse-cour et proches des villages (3).

      Dans ce quartier, tout en bordure de la route actuelle, il y a "lou nai de guinguet ". Ce bassin (prononcer à peu près"lou naille") devait appartenir à un nommé « Guinguet », à moins que ce fût son surnom. Il semble que l'eau provienne de la Bonne-Font.  Il y a aussi, mais en bordure de la Nesque, une grande parcelle de terre, appelée depuis très longtemps « la vigière », nom d'origine obscure pour moi.

      A quelques mètres vers l'ouest se trouve le chemin de Saint-Maurice, qui traverse ensuite la route vers le nord jusqu'au domaine de ce nom. Un dernier nom:  le cimetière qui a été transféré à son emplacement actuel en 1854.

      Je cajole les noms de lieux. D'abord ils permettent de bien exprimer son territoire, et de s'y diriger. Ensuite, à travers eux, on peut découvrir l'histoire du pays. Enfin, avec eux, on se régale de la langue locale, de son évolution, de ses étymologies.  

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(1) Ce toponyme se retrouve ailleurs à Venasque : lou ribas dou grès, ainsi que lou ribastié.

(2) Soulignons que, jusqu'à cette époque-là, la route d'Apt à Carpentras passait au sud du ravin du Vas, puis sur la rive droite de la Nesque et qu'il fut certainement un chemin gallo-romain.

(3) Ne pas faire, donc, de rapprochement avec quelques dépotoirs de métaux…

    

emplacement du vieux Sainte-Lucie

 emplacement du grangeon

photo prise en novembre 2007, avant les travaux du carrefour

 

PLAN CADASTRAL ACTUEL

    Pour bien se rendre compte de l'ancien état du territoire et des anciens chemins, il faut faire abstraction de la route départementale Carpentras-Apt, mise en place à partir des années 1850. Cette liaison se faisait auparavant sur l'autre rive de la Nesque et au nord du ravin du Vas (il s'agissait d'ailleurs, certainement, d'un ancien chemin romain).

     On peut remarquer que le chemin des Souveilles/chemin de Méthamis prenait son départ juste en limite et à l'est du cimetière actuel. Le vieux chemin du Vas prenait son départ sur le chemin de la montagne, puis descendait du carrefour actuel du Grangeon d'Estrayer et atteignait directement le quartier du Vas.

      Le chemin de la montagne démarre de la Bonne-Font et rejoint le quartier de Durantel.

      Tous ces chemins étaient entretenus en permanence et, en particulier, par les riverains; la voie restait suffisamment large et la calade parfaite pour assurer le bon déplacement de tous les charrois usuels.

 

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Les jours fériés autrefois à Venasque et la fête du 15 août- 

proposé par Guy Chalandard

L'article suivant est paru dans "La Lettre des Amis", été 2003 .

Nombreux étaient autrefois (dans l’Ancien Régime) les jours fériés. Du moins en théorie. Car il faut se remettre dans le contexte de la ruralité et ses exigences. En particulier la nécessité, par exemple, d’entretenir les troupeaux et autres poulaillers ou bestiaux, qui ne connaissent pas, eux, les jours festifs. De même les récoltes qui étaient prêtes, ou mûres à point, ou qui n’attendaient pas les jours suivants sujets aux vicissitudes de la météo, faisaient aussi partie des raisons de supprimer la fête. Aussi les autorités locales allaient elles régulièrement à Carpentras, auprès du représentant de l’autorité religieuse, pour demander la permission de travailler. Ce qui était bien accordé, mais souvent avec une petite réserve et condition. Ci- après, une permission pour moissonner le jour de …la fête de la musique:

" 23 juin 1628 – Nous donnons  licence* à ceulx de Venasque de moyssonner tant seulement le jour de demain feste de Saint-Jean Baptiste, après avoir entendu la sainte messe "

À gauche, toujours à ce sujet , en 1616

 " le 19 d’avoust* ay vacqué* à Carpentras pour obtenir la permission travailher aux hieres* le jour de la feste de Saint-Barthelemy, ce qu’ay obtenu (…)"

 

"Item, le 23 dudit mois d’avoust ay payé à ung homme mandé a Carpentras avec lettre necessaire à Mrg. de Carpentras pour obtenir permission travailher aux chemins veu le desordre de l’heau * ladite feste de St-Barthelemy "(…)

A Venasque, depuis plusieurs siècles, la fête « votive » est placé au 15 août. L’on disait alors dans ce français d’autrefois «  à la feste de Nostre-Dame de la demy d’avoust ». Cette date servait aussi d’un repère dans de nombreuses tractations, prêts, remboursements, accords, censes ou autres impôts. Traditionnellement, la fête battait son plein, et les municipalités ont toujours accordé largement leur soutien et leur argent. On retrouve souvent, dans les comptes des consuls* ou trésoriers par exemple, des références à ces dépenses., dont l’achat régulier « d’estaing » ; je ne sais pas à quoi cela correspond, je pense qu’il s’agit de plomb et salpêtre pour faire tirer les mousquets ou autres « boites » à poudre*.

En 1626 : "Item le 14 d avoust ay apyé pour douze livres estaing à raison de huict soulz la libvre données au jour et feste de Nostre-Dame pour les joyes ".

 

Sur un autre texte similaire : " le 12 d’avoust ay vacqué à Carpentras pour achepter d’estaing pour les joyes qu’avons accoustume donner "(…)

Guy Chalandard

* Glossaire : Donner licence : donner l’autorisation - Avoust : août – ay vacqué : je suis allé -  hieres : les aires, sur lesquelles ont battait les céréales – veu le desordre de l’heau : vu les dégâts causés par un orage – consuls : ils étaient deux, élus pour un an premier mai, et représentent à peu près ce qu’est le maire et son adjoint actuellement – boites : ces boites sont des sortes de bombardes en bronze a l’aide desquelles ont placé les charges de poudre à tirer ; à la mairie, il y en avait encore deux  il  y a quelques années, je suppose qu’elles y sont encore…

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Une  confrérie  des  Pénitents  Blancs à Venasque (*)

proposé par Guy Chalandard

(*) L'article suivant est paru dans "La Lettre des Amis", été 2009. Cette étude est inédite. Aucun autre écrit sur ce sujet, à notre  connaissance, n'a été publié jusqu'à ce jour. Nous remercions notre Ami Guy Chalandard d'en avoir réservé la primeur à notre bulletin.

   La présence dans le village d'une Confrérie des Pénitents Blancs et de sa chapelle est une page de l'histoire locale bien oubliée. Dans les archives on trouve rarement des textes les concernant. Malgré cela nous essaierons ici d'en fixer l'implantation.

A propos des confréries. - Les confréries étaient des organisations qui rassemblaient des habitants dans un but d'entraide fraternelle. Les unes regroupent autour des métiers, les corporations. Les autres sont plutôt d'inspiration religieuse. Ces confréries sont très nombreuses dès le Moyen Age. Dans le Comtat, les secondes, d'inspiration religieuse, apparaissent en grand nombre au XVIe, suite aux guerres de religion et de la contre-Réforme. Parmi elles, les confréries des Pénitents sont très représentées. Souvent même elles se trouvent en concurrence entre elles et se différencient par la couleur de leur habit. Ces Pénitents existent dans presque tous les villages importants au XVème siècle et au début du XVIIe siècle.

A Venasque, sont citées d'abord plusieurs petites confréries - "fondées" dans l'église paroissiale -   et surtout la Confrérie du Saint-Esprit. Mais curieusement il faut attendre la fin du XVIIè siècle, pour que la Confrérie des Pénitents Blancs soit constituée.

 

La première mention des Pénitents Blancs. - C'est dans les délibérations municipales, en mai 1682, que nous lisons (la transcription des textes anciens est adaptée pour faciliter la lecture) : "sur la proposition faite par les sieurs consuls que la plus grande partie des habitants les ont supliés, esmuz de dévotion, de proposer au conseil de la communauté de faire et dresser une compagnie de pénitents blancs au présent lieu (…) donner pour faire la chapelle qui sera nécessaire une certaine maison que la communauté possède dans l'enclos dudit Venasque, quartier dit la Charitat (...) Ce que les conseilliers entendu, ayant mesmes considéré qu'il y a déjà des donatifs assez considérables pour semblable fondation (…) ont arresté de faire et dresser tout ce que sera nécessaire pour ladite compagnie de pénitents blancs, (…) statuts et autres documents, et pour faire édiffier la chapelle, concluent de donner la maison (etc…)

 

D'autres mentions. - En septembre 1683, on remarque que certains revenus de la Charité (la Carita ou l'hôpital) provenant de la vente d'une terre aux enchères, sont transférés pour la construction de la future chapelle des Pénitents. En 1684, on trouve, à peu près dans les mêmes termes, la confirmation de construire la chapelle : "... que la plus grande partie des habitants se sont faits entendre qu'esmus de dévotion, ils désirent faire et dresser une compagnie de pénitents blancs et qu'ils désirent faire la chapelle qui conviendra dans une maison que la communauté possède à la rue du Jeu de Paume, confrontant la grand rue, l'androune des Tourrettes, la forge de la communauté (…) Et ont concluent (…) de faire et dresser ladite compagnie sous le titre du sieur Saint-Charles et à cet effet faire adresser les statuts nécessaires et que la chapelle qui conviendra (…) soit faite et édifier dans les enclos de ladite maison (…) mais plus loin, dans un autre paragraphe, nous trouvons qu'elle sera placée sous le patronage de Notre dame de Pitié…".

En mars 1685, on peut lire que pour la chapelle des pénitents, il faut "faire faire les dessins nécessaires, changer les portes de la boucherie et de la forge et maison restante à la communauté"

En mai 1687, on relate que la chapelle est en cours de construction ; en 1689, que les héritiers d'Augustin Jean contestent la construction contre l'un de leurs murs mitoyens. On peut penser que la construction est terminée vers 1690.

 

Où se trouve la Chapelle ? - Dans les archives du notaire venasquais Silvestre (28 juin 1683) se trouve un rapport des experts locaux qui évaluent les travaux à faire. Il y a Estienne Argaud, le maçon (de Malemort), Jean Fructus,  charpentier,  Jean  Morel,  estimateur,  Solon  Lombard, de Venasque. 

Il  est  écrit que la maison qui doit être donnée à la Confrérie est située : "par devant, la grand rue, de l'autre côté, la rue de Saint-Paul, la maison de Jacques Ruel (1), la maison d’Augustin Jean, l’androune (2 ) des Tourrettes (…)". Elle comprend " deux boutiques basses, l'une plus proche de la grande rue de 2 cannes en longeur et 14 pans largeur et l’autre de même largeur et 22 pans longeur. Au dessus des deux boutiques, deux membres de mêmes dimensions et de 10  pans de hauteur, avec un solier (…) - et de plus, un passage de 15 pans de largeur et 5 cannes de longeur depuis la grande rue jusques à un membre bas de ladite maison (…) couvert par un membre qui est au dessus dudit passage et le restant a ciel ouvert, (…) etc/ ".

Ils ajoutent que tous ces bâtiments menacent de tomber en ruine et que "les fustailles" sont pourries.  Avec de nombreuses descriptions, ils écrivent aussi que l'on peut créer un autre passage pour accéder à partir de la rue de Saint-Paul. Le devis est de 50 escus. Ils ajoutent " jugeant de plus par la connaissance de leur art que par l’edifice de ladite chapelle le restant de la maison sera grandement fortifiée ( "elle est tout bastie de terre"). Ce rapport est " fait et signé dans la salle basse de la maison d’habitation de demoiselle  Diane de Salsis, veuve à feu Jean Anthoine Goudin, en présence de Sr Jean Ruel et Jean François Rey témoins".

A gauche le cadastre de 1813.

A droite le cadastre actuel.

Sur le cadastre établi en 1813 : la chapelle elle-même est située au n° 758, le four au n° 760. Sur la parcelle 759 doit se situer la forge (?). Il y a plusieurs petits passages couverts entre les bâtiments.

L'ensemble correspond maintenant en grande partie à la maison de Jacques et Michèle RUEL (voir ci-contre), où l'on peut situer la chapelle des Pénitents Blancs dans la parcelle 577.  Nous avons pu voir le beau four qui existe encore dans la parcelle 578 (merci à la famille J. Ruel pour leur accueil.)

Pour confirmer la désignation de l'emplacement nous trouvons par exemple, en 1700, un texte concernant la maison de la forge " confrontant maison des hoirs de Jacques Ruel, la chapelle de la confrérie des pénitentz blancs, la boutique de la boucherie par dessous et par costé la rue publique ".

Mais nous avons surtout les textes datant de la Révolution et les biens nationaux : au sud-est de cette chapelle, forge et boucherie mitoyennes sont remplacées plus tard par un four à pain. Il est vendu le 22 février 1797, comme bien national, à Antoine-Martin Tramier (qui achète d'ailleurs un autre four communal en même temps). Ce four est "attenant aux ci-devant pénitents blancs". Tramier achètera ensuite, aux enchères à Avignon, le 4 mars 1798 (14 ventose de l'an VI) la chapelle qui est vendue comme bien national. Après Tramier, elle revient à un Giraud en 1828.

Puis, en très mauvais état et la confrérie n'existant plus, elle disparaîtra en 1864. Nous savons par ailleurs que la chapelle était équipée d'une cloche (1722) qui sera vendue comme bien national.

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(1) C'est le hasard ! Mais il n'est pas impossible que le propriétaire actuel soit de la même  branche.

(2) L'androune est un mot provençal qui désigne une très étroite ruelle. La canne vaut presque 2 mètres, le pan 25 cm. Un membre veut dire une pièce, une chambre.  Le solier est un grenier.. Les fustailles :  c'est la charpente

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ARCHIVES DES ACTIONS PASSéES

Archéologie: site Salignon-St Siffrein

En juin, puis à la fin de juillet, en 2001, et, l'été 2002, pendant quelques heures, de nouveaux sondages archéologiques avait eu lieu sur le site déjà exploré en hiver 1999, à 100 mètres au sud de la chapelle St-Siffrein, sur une parcelle de terre appartenant à la famille Saurel-Salignon. Ces sondages ont permis d'atteindre un ensemble de murs antiques, sur une centaine de mètres-carrés, qui feraient partie des fondations d'une ancienne ferme gallo-romaine. A part des centaines de tuiles (tegulae), peu de matériel typique cependant a été découvert . Ces murs ont été arasés depuis fort longtemps, par des travaux agricoles en particulier, puisque de très nombreuses céramiques de toutes époques s'y sont retrouvées rassemblées au-dessus, par co-alluvionnement. Deux pierres taillées, en pierre blanche dite de Saint-Didier, comportant des rainures grossièrement tracées, font rappeler deux piétements d'autel, à moins qu'ils s'agissent d' éléments décoratifs. En outre, la moitié d'une meule, en basalte, suggère la présence d'un moulin à grains. Une autre meule, à huile celle-là, avait été aussi découverte au même endroit par le propriétaire, mais en surface, il y a quelques années. Enfin, une grosse pierre entaillée en forme d'entonnoir pourrai être un sétier, mesure à grains ou à olives (?). Et, dans les strates les plus profondes au niveau de la base de ces murs sont de nombreux débris de céramiques antiques telles amphores, pots, sigillées, etc., ces derniers permettant de situer l'occupation du site antique dans les années 100-130 de notre ère.

Dominique Carru, Directeur du Service de l'Archéologie du Département était favorable à ce que nous poursuivions les recherches. Toujours avec le Groupe Archéologique de Carpentras, le chantier aurait pu être poursuivi par un nettoyage du site pour une meilleure visualisation. Mais les dernières évolutions des lois concernant les fouilles réalisées par des non-professionnels n'ont pas permis la poursuite de ce projet. En conséquence, il a fallu, en octobre 2002, effectuer  un nettoyage final des sondages et une remise en état des lieux du site de Salignon-St Siffrein.  Ce dernier nettoyage a permis  le ramassage  de quelque trois cents tessons de céramiques, clous de fer, débris de plomb, etc., provenant d'un dépotoir toujours datable, semble-t-il, au IIème siècle. A la mi-décembre 2002, au siège du Groupe Archéologique de Carpentras et de sa région, 27 rue des Marins, il a été procédé à l'inventaire, au triage et à l'essai de recollages de ces vestiges.

Contact : Guy Chalandard, tel 0490660295, ou chalandard.venasque@orange.fr

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Archéologie: site dit "le grand abri de Venasque"

Au mois de juin 2005, deux archéologues, J.E. Brochier et M. Livache, spécialistes de la préhistoire, ont fouillé à Venasque, un site, appelé dorénavant “le grand abri de Venasque”.

Avec l’autorisation du propriétaire (Th. de Cabissole) et sous l’égide des services archéologiques de la région et du département, ils ont réalisé une fouille dans les règles de l’art. Situés sous les rochers, au pied de la falaise, à l’est des quartiers de Jouvenal, ces abris naturels sous roche ont subi les assauts du temps, des glaciations, des éboulements, de l’érosion et il faut toute l’expérience de professionnels pour déterminer les évolutions du terrain et y faire avec parcimonie des ponctions qui s’avèrent riches d’enseignements.

Ce site avait été remarqué par des observations en surface de Michel Livache, il y a une vingtaine d’années : il avait vu des éléments lithiques (silex) et des restes fauniques (cheval, renne). Ces fouilles délicates et approfondies ont permis de récolter une grande quantité d’objets de silex, et d’autres restes d’animaux, et de supposer plusieurs occupations humaines fort anciennes, au paléolithique supérieur. Dans ces abris ont vécu des venasquais il y aurait une vingtaine de milliers d’années.

Les études complémentaires sont en cours. Cependant, les archéologues  ont envoyé aux Amis de Venasque le rapport fort complet de leur travail. Nous pouvons le transmettre aux adhérents intéressés, soit sous forme de fichier par Internet, soit imprimé sous forme d’un petit fascicule (27 pages 21x27) relié simplement (participation aux frais, 3 €, à verser sous forme de timbres). Il est consultable aussi à la bibliothèque du Groupe Archéologique de Carpentras.


Contact : Guy Chalandard, tel 0490660295, ou chalandard.venasque@orange.fr

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Échec de l'installation d'un élevage de chèvres à Venasque

Personne, à Venasque, n'a pu rester dans l'ignorance des difficultés rencontrées par Patricia  Carreaux pour réaliser son désir de développer un élevage  de chèvres sur le territoire de notre village. Vous trouverez, ci-après, le texte in extenso de la lettre ouverte adressée par la Confédération Paysanne du Vaucluse au Président de la Chambre d'Agriculture de Vaucluse après le verdict injuste de la Cour d'Appel de Nîmes qui avait frappé Patricia. Cette lettre expose avec clarté tous les avatars de son parcours du combattant . Un certain nombre d'Amis ont participé plus ou moins directement au soutien de sa cause et seront donc intéressés par cet historique précis.

"Monsieur le Président,

Lors de la séance d’installation des nouveaux élus de la Chambre d’Agriculture, vous avez affirmé que le développement de l’élevage est pour vous une priorité, ce dont nous nous réjouissons puisque c’est un thème qui nous est cher.

C’est pourquoi nous vous alertons sur la décision de la cour d'appel de Nîmes qui a ordonné  la démolition dans 4 mois du tunnel d'élevage de Patricia Carreaux, éleveuse à Venasque.

Après quoi elle devra payer une astreinte de 50€ par jour.

Le délit d’infraction à un règlement d’urbanisme a été confirmé alors que ce délit a été créé artificiellement par la mairie qui a décrété que le tunnel d’élevage n’avait pas d’utilité agricole. Or le directeur de la DDAF dans un courrier affirmait que le tunnel d’élevage était lié et nécessaire au fonctionnement de l’exploitation.

Il suffit donc d’affirmer une contre vérité pour ainsi mettre hors la loi une agricultrice qui ne demande qu’à travailler pour gagner sa vie !

 Quand on voit, à contrario, des villages, tels Faucon dans le Haut Vaucluse, qui en sont à créer des fermes communales, on se dit que certains élus ont un bien étrange façon de travailler à l’équilibre social et environnemental des collectivités dont ils ont la charge

Nous faisons appel à vous pour tenter de faire cesser une injustice flagrante : il s’agit d’une installation en agriculture, que nous appuyons depuis plus de deux ans et dont nous constatons qu’elle est barrée - et donc en grand risque d’échec- du fait de ce que nous estimons être un abus de pouvoir de la part de la mairie de la commune.

Patricia Carreaux, après avoir réussi le « BPA », diplôme agricole permettant d’obtenir la Dotation Jeune Agriculteur, et après avoir cherché pendant quatre ans un lieu pour son installation, se voit proposer, à l’automne 2004, par  l’entremise de la SAFER, un bail agricole par l’association Escombeau (branche laïque et masculine du couvent Notre Dame de Vie de Venasque en Vaucluse).

Il s’agit d’une propriété agricole à l’abandon depuis plus de 30 ans, se composant de 12 ha et d’un bâtiment agricole (vieille ferme au ¾ en ruine destinée à abriter une bergerie, une fromagerie et l’habitation).

Patricia Carreaux, avant de signer le bail, rend trois visites au maire de la commune qui  dit ne pas s’opposer  à cette installation. Venasque est une commune agricole très spécialisée dans la cerise et une ferme d’élevage parait à même d’apporter un peu de diversité.

Pour qu’une installation soit effective, l’agriculteur doit posséder son troupeau au jour de l’installation.

Elle possède donc ce troupeau, est affiliée à la Mutualité Sociale Agricole comme exploitante à titre principal.

Mais le bâtiment est inutilisable en l’état. Patricia Carreaux héberge donc temporairement son troupeau dans un minuscule local prêté par un agriculteur voisin à la retraite. Ce local se révèle très malsain car le semblant de toiture ne protège pas les animaux de la pluie. Patricia Carreaux dépose donc, en toute confiance, une demande d’autorisation pour monter un tunnel d’élevage auprès de la mairie, en attendant la réhabilitation par le bailleur du bâtiment pour lequel un loyer est prévu dans le bail.

C’est là que l’abus de pouvoir intervient pour la première fois.

La mairie oppose, par lettre recommandée avec AR, un refus au montage de cette serre d’élevage au motif que « le tunnel d’élevage n’a pas d’utilité agricole » et que, « dans la zone NC du POS où se situe l’exploitation, seules les constructions agricoles sont autorisées ».

Devant l’urgence, l’état sanitaire du troupeau se dégradant (attestation du vétérinaire), la Confédération Paysanne de Vaucluse décide d’aider Patricia au montage de ce tunnel, ce qui est terminé le 18 avril 2005.

Le bailleur autorise Patricia à déposer un permis pour remettre la ferme en état et ce premier permis est refusé pour défauts techniques (mai 2005).

Le bailleur dépose un 2ème permis le 6/09/05 qui est refusé car il manque un architecte.

Un 3ième permis est déposé le 21 novembre 2005.

Entre temps, au cours du conseil municipal du 2 septembre 2005, le maire propose à son conseil de déposer plainte contre Patricia pour violation d’un règlement d’urbanisme.

Plainte est donc déposée (citation directe avec constitution de partie civile).

En effet, il y a eu violation d’un règlement d’urbanisme mais qu’est ce qu’un règlement qui ne reconnaît pas d’utilité agricole à un tunnel d’élevage abritant un troupeau appartenant à une exploitante à titre principal dont il est la seule source de revenu, dans une zone où les constructions agricoles sont autorisées ?

Le permis déposé le 21 novembre 2005 par le bailleur, après avoir reçu l’approbation de tous les services de l’état concernés, a été refusé par le SDIS (le 21 février 2006) qui ne reconnaît pas, dans ce cas, l’utilité d’un troupeau pastoral dans la prévention des incendies. La seule visite des pompiers, au début 2006, faite en présence de Patricia a consisté à jeter un coup d’œil sans faire le tour de la propriété donc sans être en mesure d’apprécier les avancées des parcs de pâtures qui sont les meilleurs coupe feu possibles. Le refus du SDIS comporte une erreur car il qualifie la zone du Haut Quinsan  de « zone à haut risque incendie »  alors qu’il est à la limite de celle-ci.

Une expertise pastorale a été réalisée par le CERPAM, le 22 février 2006, sur le conseil de Mr Michel Bayet, président de la commission environnement du Conseil Général de Vaucluse et elle démontre bien l’utilité du travail réalisé par l’éleveuse par la création de parcs. Le débroussaillage est bien visible au bout d’un an.

Patricia Carreaux a été jugée le 26 septembre par le tribunal correctionnel de Carpentras. Elle a été condamnée, mais cette condamnation est à analyser :

La mairie avait demandé la démolition du tunnel avec 100€ par jour d’astreinte en cas de retard ; le tribunal n’a pas ordonné la démolition, il a donc de ce fait officialisé le tunnel.

La mairie avait ordonné le déménagement d’un mobil home qui est en réalité une caravane où Patricia est bien obligée de loger. Le tribunal n’a pas suivi.

Enfin, la mairie avait demandé le démontage d’un Algéco qui n’a jamais existé !!!

Patricia Carreaux a été condamnée à une peine symbolique de 800d’amende avec sursis.

Mais la sentence de la cour d’appel de Nîmes a infirmé ce jugement plutôt humain…

Sa situation actuelle :  pas de logement,  pas de fromagerie, faute de quoi elle ne peut pas gagner sa vie.

 Et la perspective de démolir le tunnel d’élevage, de perdre son métier et son statut d’agricultrice donc la DJA et de rembourser la TVA sur les immobilisations (environ 3000€)

Elle a toujours en tête l’affirmation du maire (orale, bien sur) : « je ne signerai jamais un permis ».

Elle vit isolée, sans téléphone, le portable ne passe pas, et  le maire interdit la pose d'un poteau téléphonique sur la voie publique, nécessaire à l'obtention d'une ligne fixe, malgré de multiples demandes.

L’avenir, si rien n’est fait ? Une installation agricole de moins.

Un retour au RMI pour une femme seule avec un enfant malgré l’effort considérable de formation (diplôme + stage), et l’effort financier (elle a investi toutes ses économies).

Nous espérons que vous voudrez bien appuyer  ce dossier auprès des instances compétentes.

Nous vous fournirons toutes les pièces que vous jugerez bon de demander.

Vous pouvez dès maintenant trouver des compléments d’information sur le site          

( http://perso.orange.fr/instal.pastorale/SoutienPat_index.htm ) créé avec le comité de soutien et nous sommes à votre disposition pour tout complément d’information.

Dans l'espoir de votre appui, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre considération distinguée."

"La Confédération Paysanne de Vaucluse"

En définitive, aucune solution n'ayant été trouvée,  Patricia a du quitter définitivement Venasque et a trouvé de nouveaux pâturages plus hospitaliers à Sault. Nous lui souhaitons toute la réussite et tout le bonheur possibles et regrettons qu'une fois de plus, dans cette lutte entre le pot de terre et le pot de fer, c'est ce dernier qui l'a emporté.

Défense de notre Poste

Après le départ à la retraite, en février 2005, du dernier receveur en titre à la Poste de Venasque, Mr Roquefort, les horaires d'ouverture de notre Poste se sont rétrécies comme peau de chagrin. Il ne s'agissait pas là de difficultés passagères de recrutement par l'Administration de la Poste, mais bien, ne nous y trompons pas, d'une politique appliquant les directives économiques de l'Europe, pour "rentabiliser" les services publics et, à terme (en 2009), les ouvrir entièrement à la concurrence d'entreprises privées. En pleine saison touristique, il a fallu se contenter de 2h d'ouverture, contre 6h au temps de Mr Roquefort,  alors que la population de notre village doit au moins doubler pendant cette période, sans compter l'afflux quotidien de visiteurs! De plus, les guichetiers qui se sont succédés étaient peu ou pas du tout formés pour cet emploi. La qualité de l'accueil de l'un des plus beaux villages de France s'en est trouvée bien ternie.

Conscients de l'inquiétude de nos concitoyens, nous avons  adressé, fin juillet,  une demande d'explications de ce déplorable état de faits aux responsables de l'Administration de la Poste. 

Par ailleurs, nous avons eu une entrevue avec le Maire, qui nous a assuré qu'il était, lui aussi, peu satisfait du fonctionnement actuel de la Poste et qu'il était intervenu de son côté, auprès de Mr Dominique Mariani, Chef de Groupement Postal de Vaucluse Nord, pour obtenir un allongement des horaires d'ouverture. Il nous a précisé que l'emploi de guichetier, assumé à l'époque par un concitoyen de notre village, était entièrement sous la responsabilité et à la charge de l'Administration de la Poste. 

Fin août 2005 nous avons reçu une lettre explicative de Mr Pascal Dengreville, Directeur de la Poste de Vaucluse, en réponse à nos questions précédemment posées à l'Administration de la Poste. Il en ressortait que nos doléances concernant la durée d'ouverture quotidienne du bureau de Poste n'avaient pas été prises en compte. Seule une assurance d'un maintien de ce bureau dans l'avenir nous était promis... jusqu'au jour où l'Administration de la Poste estimerait que, devant la désaffection inévitablement  entraînée par le raccourcissement des heures d'ouverture, " l’environnement du bureau ayant changé sensiblement", ce dernier n'était plus rentable et elle déciderait, en conséquence, d'opter pour une "des formules partenariales avec les communes (Agences Postales Communales) ou des commerces (Relais-Poste-Commerçant)", selon les termes mêmes de Mr Dengreville. L'expérience de l'application de ces dernières formules dans d'autres villes et villages montre qu'elles peuvent aboutir à l'obligation pour les municipalités de payer, en tout ou partie,  les salaires et charges d'employés affectés à la tenue de ces "points- poste ".

Quoiqu'il en soit, l'amenuisement des services de la Poste imposait une gêne considérable aux usagers. De plus, la désaffection du bureau postal qui en découlait aurait des répercussions sur la vie économique de notre village (artisanats, commerces, hôtelleries, locations saisonnières, entre autres).

Devant cet état de fait, il nous a semblé indispensable que se fasse entendre plus fermement le mécontentement des usagers et leur attachement à un service public réellement au service du public. A cette fin, une pétition demandant un minimum de 4h d'ouverture du guichet a été mise en circulation, depuis notre Assemblée Générale, le 4 septembre 2005, afin de toucher le plus grand nombre possible des adhérents de notre Association, et, avec leur aide, le plus grand nombre possible d'habitants de notre village. 

Début octobre, devant l'ampleur des résultats de cette campagne (plus de 450 signatures avaient été recueillies en moins d'un mois), nous avions décidé, afin de leur assurer un impact suffisant pour qu'ils débouchent sur quelque chose de concret, de tenir une conférence de presse, avant de remettre les pétitions aux autorités compétentes de la Poste. Cette conférence de presse s'est tenue à Venasque, le lundi 3 octobre 2005, dans la salle romane. Près de 60 personnes y ont assisté. La presse était représentée par La Provence et La Marseillaise et la radio par France Bleue. Nous n'avons pas pu remettre les  pétitions, collectées à la date du 3 octobre, aux dirigeants de l'Administration de la Poste que nous avions invités, Mrs Ph. Clément, Directeur de la Poste de Vaucluse, et D.Mariani, Directeur de Groupement Postal de Vaucluse Nord,  car ils n'étaient ni  présents ni représentés. Le Préfet et le Sous-préfet de notre département ainsi que le Député de notre circonscription, Mr Ferrand, n'ont, eux non plus, pas répondu à notre invitation. Seuls étaient présents Mr Pantagène, Conseiller Général, et Mr Bézert, Maire de notre commune, dont les interventions sont allés dans le sens de notre action de défense de l'avenir de notre Poste. En conclusion de cette conférence de presse et en réponse à un journaliste qui demandait quelles actions notre Association envisageait par la suite, il a été précisé notre projet d'élargir le champ de notre action, par exemple en appelant les présidents de toutes les Associations venasquaises à s'associer à cette campagne de protestation soit en formant un Comité de défense de la Poste de Venasque, ouvert à tous nos concitoyens, membres ou non d'une de ces Associations, soit en se solidarisant publiquement de toute autre manière ( signatures de soutien ou autre type de parrainage) avec cette campagne.

L'Administration de la Poste, absente à notre conférence de presse du 3 octobre, s'est finalement manifestée en la personne de Mr D.Mariani qui, lors d’une « soirée clientèle » organisée dans le village, le 18 octobre,  a présenté les membres de son équipe et exposé les "grands projets de modernisation" de la Poste. Il a abordé le sujet de la nouvelle organisation du bureau de Venasque, sans dire un mot de la campagne de pétitions en cours! Il a toutefois précisé qu’à partir du 1er décembre 2005 l’horaire quotidien d’ouverture serait augmenté d’une demi-heure soit de 9h 30 à 12 h du lundi au samedi. Par ailleurs une heure supplémentaire serait envisagée pendant la saison « touristique » de juin à septembre. Le mécontentement de l'assemblée s'est  manifesté dans quelques interventions et la réunion s'est achevée dans une atmosphère houleuse après la remise à Mr D.Mariani des quelques 470 pétitions déjà récoltées à cette date. Il est quelque peu comique que Mr Mariani ait écrit, dans le prospectus distribué aux assistants de la réunion: "Toute évolution de la présence postale territoriale doit se faire au bénéfice des clients des services postaux , soit en leur proposant de nouveaux services, soit en améliorant les services déjà rendus."

Ce résultat prouvait  toutefois que l'action engagée n’avait pas été infructueuse, mais nous ne pouvions nous contenter de la demi-heure qui a été accordée et de la promesse d'un supplément en "saison touristique". En effet, un temps d’ouverture de 2h30 reste très inférieur aux besoins réels des usagers.  A la longue, ainsi que nous l'avons déjà souligné, la gêne entraînera une désaffection induisant une baisse du chiffre d’affaires qui pourrait alors servir de prétexte à la suppression d’un bureau « non rentable » et contraindre la municipalité à prendre en charge le maintien d’un point-poste, obligatoire dans une commune figurant parmi les plus beaux villages de France.

  En outre, il faut préciser que c’est en  avril que s’ouvre la saison touristique et qu’elle se prolonge jusqu’en octobre, sept mois donc et non quatre comme  l’envisage  la proposition d’ajouter en été une heure supplémentaire. Cette rallonge n’en est encore qu’au stade de la promesse et nous savons d’expérience que les promesses les plus solennellement affirmées peuvent, le temps passant, sombrer dans l’oubli.

  C’est donc une décision concrète, adaptée aux besoins réels, que nous attendions .

  Pour toutes ces raisons nous avons maintenu fermement la revendication exprimée par une large majorité de la population venasquaise, avec l’appui de son maire, Mr Gabriel Bézert, et du conseiller général, Mr Pantagène, qui nous avaient assurés de leur soutien, ainsi que d’autres élus responsables que cette carence ne laissait pas indifférents. Mr Pantagène avait d'ailleurs concrétisé son soutien dans deux courriers, l'un adressé à l'Administration départementale de La Poste, l'autre à l'attention Mr François Loss, Ministre délégué à l'Industrie. Nous vous donnons, ci-après, un extrait de ce dernier courrier:

"...La récente adoption de la loi dite "de régulation postale et de modernisation du réseau des bureaux de poste" aboutit...à des non-sens regrettables.

Le village de Venasque, dans le Vaucluse, dont je veux , en particulier, ici, plaider la cause, double sa population en été et accueille un nombre impressionnant de visiteurs (Venasque a été porté à la distinction de "plus beau village de France" avec quelques autres rares communes "de haut intérêt touristique"), et c'est le moment que l'on choisit pour ramener les horaires d'ouverture de son bureau de poste à un seuil inacceptable contre lequel j'aimerais m'élever aux côtés des élus locaux et des associations du village qui ont saisi votre direction régionale contre la réduction des horaires d'ouverture du bureau de poste local (2h contre 6h auparavant). Négligeant ainsi la somme d'artisans, de structures d'accueil hôtelières et touristiques, d'exploitants agricoles, le doublement de la population estivale, ajoutés à la présence de l'important siège de Notre-Dame de Vie sur la commune, qui donnent à cette nouvelle restriction une dimension dramatique pour la vie économique du village qui se trouve injustement pénalisée.

Aussi, connaissant bien la réalité de ce village magnifique et plein de vie, je vous serais reconnaissant, Monsieur le Ministre, de bien vouloir demander à vos services la re-étude de la situation particulière de Venasque, fleuron touristique départemental, que vous ne pouvez décemment pas traiter comme un hameau éloigné de tout..."

 Pour que la demande de Mr Pantagène ne reste pas lettre morte, il importait que notre action continue à faire pression auprès de l'Administration de la Poste. Aussi avons nous décidé de faire appel aux présidentes et présidents de toutes les associations venasquaises, ainsi qu'à  des personnalités représentatives dans la vie de notre village, pour patronner, en quelque sorte, le mouvement de revendication de la population venasquaise. Nous les avons invitées, à cette fin, à une réunion le 23 novembre et un certain nombre ont répondu favorablement à notre invitation et ont signé une liste de soutien. D'autres personnes, empêchées d'assister à la réunion du 23 novembre, ont été contactées individuellement par la suite. Au total, 34 signatures ont ainsi été collectées sur cette liste (voir ci-dessous), avec, en particulier, les signatures de Mr Bézert, Maire de notre village, de Mr Pantagène, Conseiller Général de notre canton, de Mr François Mariani , président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Vaucluse.

LISTE DE SOUTIEN

DE LA  REVENDICATION DES USAGERS DE LA POSTE DE VENASQUE

POUR OBTENIR DES DURéES D'OUVERTURE DU GUICHET CORRESPONDANT

 à LEURS BESOINS 

Les soussignés, représentant les Associations venasquaises ou exerçant des fonctions en rapport avec la vie économique du village de Venasque, témoignent de leur soutien sans réserve de la pétition, signée par une large majorité de Venasquais (480 signatures recueillies à ce jour) et demandant le retour à une durée décente d'ouverture du bureau de Poste de Venasque, soit, au minimum, 4 heures toute l'année.

Lors de la "soirée clientèle", organisée le 18 octobre à l'intention des usagers de La Poste, Monsieur Mariani, chef du Groupement Postal de Vaucluse Nord, a répondu à cette revendication en accordant une augmentation d'une demi-heure de la durée d'ouverture du guichet (2h30, au lieu de 2h actuellement et de 6h avant les nouveaux aménagements) à partir de décembre et une promesse d'envisager une heure de plus pendant la saison touristique, de juin à septembre.

Les soussignés, tout en admettant qu'il puisse y avoir une modulation de la durée d'ouverture du guichet entre la basse saison et la saison touristique, estiment que 2h30 en basse saison sont notoirement insuffisantes et, par ailleurs, tiennent à préciser que la saison touristique est balisée par les dates d'ouverture (Pâques) et de fermeture (la Toussaint) de l'Office du Tourisme de Venasque, soit, en moyenne, 7 mois de l'année et non 4 mois comme proposé. En conséquence, les soussignés demandent fermement que soient réévaluées sérieusement à la hausse les durées d'ouverture de la Poste et qu'une réponse claire, et non des promesses, soit donnée sur ce sujet.

Arlaud Muriel, présidente de la bibliothèque "La Venasquaise";

Azzopardi Marianne, présidente du "Comité des Fêtes";

Azzopardi Alain, gérant de "Pierres et Jardins";

Bernardi Thierry, artisan plombier chauffagiste;

Bezert Gaby, Maire de Venasque;

Bezert Patrick, président de "La Vigie de Venasque";

Bres Sylvie, directrice administratrice de "Bress SA Electricité";

Bres Jacques, gérant de "Lumière Son Vidéo";

Bozonnet, artisan commerçant boulanger;

Charpentier Alain, président de l'Office du Tourisme;

Charroin Patrick, hôtelier, "La Garrigue";

Cornut Jean-Marie, artisan électricien, gérant de "I.D.E.M.";

Dianoux Alain, président de "Ventoux Sport Organisation";

Drouin Daniel, artiste licier;

Drouin Hervé, artiste potier;

Favier Francis, président des "Amis de Venasque";

Galli Jean-François, administrateur de l'"Association

Escambeau" (N-D. de Vie);

Gallo Raymond, artiste peintre;

 

Kurzawinski Pascal, président du "Foyer Laïque":

Lemen Jean-François, hôtelier restaurateur, "Les Remparts";

Mariani François, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Vaucluse;

Meysen Alain, président de la "Société de Chasse La Diane";

Moreau Alain, président de "Sauvegarde de l'église";

Neff Rémy, président de l'"Association des Jeunes de Venasque";

Pantagene François, Conseiller Général;

Roure Marie, commerçante, "épicerie, tabac, journaux";

Soehlke Christian, gérant de l'"Hôtel Restaurant de la Fontaine";

Soehlke Ingrid, présidente du "Tennis club de Venasque";

Tribeaudot Françoise, directrice de la "Résidence du Quinsan";

Valvo Salvadore, artisan, "Garage de la Nesque";

Vanderbroecke Christian, artisan menuisier, "Ets M.C.A.":

Viard Etienne, artiste sculpteur;

Vinchon Edith, présidente de la "Longo Vido"

Mr Pantagène nous ayant  communiqué, fin décembre, les réponses qu'il avait reçues de l'Administration de La Poste et du Ministre délégué à l'Industrie, réponses constituant, en fait, des fins de non recevoir, nous avons décidé  d'envoyer à ce même ministre une lettre ouverte, accompagnée d'une copie de la liste de soutien ci-avant. Ces documents ont été communiqués à la presse et à la radio locales. Ils ont également été envoyés à un certain nombre d'élus (7) siégeant dans la Commission Départementale de Présence Postale Territoriale, chargée de surveiller les "réorganisations" engagées par l'Administration de La Poste. Quatre d'entre eux, dont le Président de la Commission, nous ont répondu favorablement en nous promettant d'intervenir auprès de La Poste. 

LETTRE OUVERTE

à L'ATTENTION DE MONSIEUR LE MINISTRE DÉLÉGUÉ à L'INDUSTRIE

 

Monsieur le Ministre,

Fin octobre 2005, Mr F. Pantagene, Conseiller Général de Vaucluse, se solidarisant avec le mouvement de protestation d'une large majorité de Venasquais contre la réduction brutale de la durée d'ouverture du guichet de leur Poste (passée de 6h à 2h, depuis le 1er juillet), vous a adressé une requête afin que vous interveniez auprès de la Direction Générale de La Poste, dont vous êtes le Ministre de Tutelle, pour obtenir une révision de cette mesure drastique qui sanctionne lourdement la population venasquaise et,  à terme, ne peut avoir que des conséquences néfastes pour la vie économique de notre village.

Votre réponse, que Mr F. Pantagene nous a aimablement communiquée, s'appuie sur des explications que vous a fournies l'Administration de La Poste et constitue une fin de non recevoir. Nous voudrions attirer votre attention sur le fait que les informations qui ont motivé votre jugement ne nous semblent pas refléter fidèlement la réalité. En page 2 de votre réponse, nous relevons en particulier:

"…S'agissant plus précisément du bureau de Poste de Venasque…une concertation approfondie a été menée par les responsables de La Poste du Vaucluse, directement avec le Maire de Venasque

A l'issue de la dernière rencontre entre le directeur de La Poste du Vaucluse, le Maire de Venasque et son Conseil Municipal, les représentants d'associations locales, les 80 principaux clients (?) de cet établissement et des commerçants de cette commune, un élargissement d'une demi-heure quotidienne  à partir du mois de décembre 2005 a été validé, pouvant être porté à une heure en période estivale."

Comment expliquer alors, après une si parfaite concertation organisée par l'Administration de La Poste, que la plupart des personnes concernées dans la rencontre citée ci-dessus, le Maire, le Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Vaucluse, les Présidentes et Présidents de la quasi totalité des Associations venasquaises, la Directrice de l' importante Maison de Retraite (plus d'une centaine de résidents) sise à Venasque, l'Administrateur d'une non moins importante communauté religieuse, des dirigeants de P.M.E., les commerçants, artisans, artistes, hôteliers et restaurateurs ont, à notre appel, constitué, à la suite de cette réunion, une liste de soutien  de la pétition précédemment signée par plus de 480 Venasquais qui demandent une durée d'ouverture de leur bureau de Poste de 4h, au minimum, toute l'année?

Force est de constater que, en contradiction avec son souci affiché de concertation, l'Administration de La Poste reste sourde aux protestations de ses usagers, indiquant ainsi clairement qu'elle a fait le choix de favoriser ses "clients" offrant les perspectives les plus lucratives au  détriment des simples "usagers" qui ne présentent pas le même intérêt financier. En cela elle rompt avec sa logique de mission de service public: assurer, en tout temps et en tout lieu, un service de qualité égale et au même coût, accessible à tous.

La population venasquaise attend de votre part, en tant que Ministre de Tutelle de La Poste, de bien vouloir, au vu des précisions que nous venons d'exposer, réviser votre jugement et intervenir en conséquence. Ne la décevez pas.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre considération.

Ce 31 janvier 2006,

au nom des 480 signataires de la pétition venasquaise pour le retour à une durée  de l'ouverture du guichet de leur Poste conforme à leurs besoins,

                                                                      le Président des Amis de Venasque, F.Favier

Début février 2006, le chef du bureau des cabinets du Ministre délégué à l'industrie nous signalait avoir transmis notre réclamation à l'Administration de La Poste, laquelle nous adressait un courrier, à la mi-mars, courrier dont la teneur constitue, une fois de plus, une fin de non-recevoir de nos doléances. Droite dans ses bottes, l'Administration, opposant un mépris souverain à la pétition signée par près de 500 venasquais, continuait à affirmer que ses décisions étaient justifiées par une étude "sérieuse" de la fréquentation de notre bureau de Poste, étude dans laquelle La Poste est à la fois juge et partie, et étaient le fruit d'une "concertation approfondie", entre autres avec le Maire, alors que les trente quatre signataires de la liste de soutien, dont le Maire, contredisaient sans conteste cette soi-disant concertation. Mieux même, l'Administration dévoilait, sans aucun complexe, le fond de sa pensée dans le paragraphe suivant de sa réponse:

"…la présence postale sur le territoire doit passer par une adaptation du réseau aux spécificités locales. Dans ce cadre, La Poste propose aux élus locaux concernés d'installer une agence postale communale dans les locaux de la mairie… Une adaptation de la présence postale sous convention de partenariat à Venasque pourrait apporter une solution à la demande de certains ( sic...) habitants pour des horaires de service plus élargis…"

Donc, d'après l'Administration de La Poste, si "certains" ( soit au moins les 500 signataires de la pétition...!) habitants de Venasque sont mécontents des services de leur Poste, qu'ils payent déjà par le biais des impôts, ils n'ont qu'à payer une deuxième fois s'ils veulent être satisfaits, car la prise en charge par la Mairie d'horaires de service plus élargis se répercutera, inévitablement, sur les impôts locaux.  

à la suite des interventions du Président de la Commission Départementale de Présence Postale Territoriale, Mr Xavier Bernard, conseiller général, et d'autres membres de cette même Commission, en particulier Mme Cécile Helle et Mr Frédéric Meyer, conseillers régionaux, alertés précédemment par nos soins, l'Administration de La Poste a accepté que soient réétudiées, lors de la session de ladite Commission, le 16 mai, à laquelle serait invité notre Maire, les conditions de présence de La Poste à Venasque. Cette décision  pouvait nous laisser quelque espoir d'un geste favorable de La Poste à notre égard. Mais, pour que le caractère objectif de cette confrontation soit assuré, il importait, à notre avis, qu'y assistent, en plus du Maire, des signataires de la liste de soutien de la revendication des usagers de La Poste de Venasque, tels que Mr François Pantagene , Conseiller Général, Mr François Mariani, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Vaucluse, Mr Alain Charpentier, président de l'Office du Tourisme, et Mr Francis Favier, président de notre association. Nous sommes donc intervenu en ce sens auprès du Maire et auprès du Président de la Commission, Mr Xavier Bernard. Ce dernier nous a répondu que les sessions de la  Commission de Présence Postale se déroulaient à huis clos et que ce n'était qu'exceptionnellement qu'une personne étrangère pouvait y assister, en l'occurrence le Maire de Venasque.

Dans ces conditions il était évident qu'il ne sortirait rien de très satisfaisant de cette réunion. D'autant que les représentants de La Poste se retranchaient derrière une concertation antérieure "très approfondie" avec le Maire (en particulier lors de rencontres le 24/11/2004, le 19/5/2005 et le 4/8/2005), dont la teneur exacte ne nous n'a pas été communiquée. En définitive, La Poste n'a concédé (sic) que la mise en application de la promesse qu'avait faite Mr D.Mariani, Chef de Groupement Postal de Vaucluse Nord, lors de la "soirée clientèle" du 18 octobre 2005, d'une demi-heure supplémentaire d'ouverture du guichet lors de la "saison touristique" de juin à septembre. Le bien fondé de la demande exprimée dans la liste de soutien de la revendication venasquaise et précisant que la saison touristique était balisée par les dates d'ouverture de l'Office du Tourisme, soit d'avril à octobre inclus, a été superbement ignoré.

Enfin, il a été de nouveau proposé au Maire, pour augmenter la durée d'ouverture du guichet,  une solution de "partenariat ", qui signifie, dans un premier temps, une participation financière partielle de la municipalité, pour aboutir, dans un délai plus ou moins rapproché, à la prise en charge totale du fonctionnement du "point poste". Il importe de rester très vigilant sur ce sujet et, en particulier, de ne pas donner  à l'Administration postale le prétexte de baisse de la fréquentation du bureau postal pour imposer la formule du partenariat.

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Histoires d'eau

Le Syndicat Intercommunal des eaux Rhône-Ventoux (le S.M.E.R.R.V., Syndicat Mixte des Eaux Région Rhône-Ventoux, anciennement dénommé S.I.R.V.) est constitué par les délégués élus (2 par commune) dans 35 communes autour de Carpentras. Il a pour rôle la gestion de la distribution et du traitement des eaux usées pour ces communes. A ce titre il a signé, début 2002, le renouvellement des conventions d’affermage passées en 1993 avec la S.D.E.I., filiale de la Lyonnaise des Eaux puis de Suez, malgré la condamnation de leur illégalité par les tribunaux.

Cette condamnation est venue à la suite de  2 procédures principales indépendantes : le procès devant le Tribunal de Grande Instance de Carpentras, intenté par M.Maurin, maire de Mormoiron et l’Union Fédérale des Consommateurs, contre le S.I.R.V., en 1996, et le procès intenté, devant le Tribunal Administratif de Marseille,  par un Collectif des usagers de l’eau d’Entraigues contre la S.D.E.I., en 1998. A ces deux procédures  s’ajoutent un rapport de la Cour des Comptes épinglant un certain nombre d’irrégularités dans les activités du S.I.R.V. de 1992 à 1994 et deux interventions du Préfet de Vaucluse en 2002.

Toutes ces procédures ont abouti, de fait, à dénoncer l’illégalité des contrats d’affermage passés en 1993 et reconduits en 2002 entre le S.I.R.V. et la S.D.E.I.

1/ Procès M. Maurin, maire de Mormoiron, et Union Fédérale des Consommateurs contre le Syndicat Rhône-Ventoux

En 1996, une plainte contre X, était déposée par M.Maurin, maire de Mormoiron, et l’Union Fédérale des Consommateurs (sise en Avignon), pour l’irrégularité des contrats passés en 1993 entre le S.I.R.V.et la S.D.E.I.. Les plaignants s’appuyaient sur un rapport de la Chambre Régionale des Comptes de P.A.C.A, qui relève un grand nombre d’anomalies dans la gestion du Syndicat, et dénonçaient, de plus, un faux en écriture qui, par une anti-datation inscrite en surcharge sur la date réelle (  « mars » écrit en surcharge sur « mai » ), avait permis au S.I.R.V. de faire accepter le marché passé, sans appel d’offres, avec la S.D.E.I., en échappant à la loi Sapin mise en application à partir du 31 mars 1993. Le tribunal de Grande Instance de Carpentras ordonnait une expertise, qui confirmait la falsification d’écritures. Cependant, après un certain nombre de rebondissements de procédure, le T.G.I., tout en reconnaissant les faits, délivrait, en mai 2002, une ordonnance de non-lieu en invoquant, entre autres subtilités procédurières, le motif suivant : le délit de favoritisme ne pouvait viser qu’une personne physique (en l’occurrence, le président du Syndicat, G.Pellenc, à l’époque), car les faits reprochés étaient antérieurs à la loi adoptée en 1994 permettant de poursuivre des personnes morales (le Syndicat et son dirigeant actuel, le président H.Adam). G .Pellenc ayant décédé en 1995, l’action de la Justice s’éteignait !!!!

2/Procès du Collectif des usagers de l’eau d’Entraigues contre la S.D.E.I.  

Le 27 janvier 1998, à la suite d’une plainte (fondée sur les mêmes  irrégularités que le procès précédent), déposée par un collectif d’usagers des eaux d’Entraigues ( soutenus par leur Maire et par le Maire de Mormoiron) auprès du Tribunal d’Instance de Carpentras, ce dernier sursoit à statuer jusqu’à ce que la juridiction administrative se soit prononcée.

Le 19 mars 2002, le Tribunal Administratif de Marseille déclare illégaux les deux contrats pour l’eau et l’assainissement passés entre la S.D.E.I. et le S.I.R.V. Le 21 mai 2002, la S.D.E.I. a fait appel de la décision du Tribunal Administratif auprès du Conseil d’État.

Entre-temps, le Préfet de Vaucluse, relancé par Entraigues, à la suite de la décision du Tribunal Administratif du 19 mars 2002, a demandé au S.I.R.V. de régulariser par appel d’offres publiques, la passation des marchés de distribution et d’assainissement des eaux (ainsi que l’exige la loi Sapin). Cependant, le Président du Syndicat Rhône-Ventoux, Helen Adam (qui est également l'un des deux délégués de Venasque, l'autre étant le Maire, Gaby Bézert), dédaignant complètement les décisions du Tribunal Administratif et les adjonctions du Préfet, a reconduit, le 7 mai 2002,  les contrats passés, en 1993, avec la S.D.E.I., toujours sans procéder à un appel d’offres. Aussi, le Préfet a-t-il dû saisir, en juillet 2002,  le Tribunal Administratif de Marseille d’une requête en référé demandant la suspension des nouveaux contrats d’affermage ainsi que leur annulation. Le Tribunal Administratif, par ordonnance du 6 août 2002, s'était déjà prononcé pour la suspension de ces contrats, en attendant de statuer sur leur annulation. Le 13 novembre 2002, la requête de la S.D.E.I. auprès du Conseil d’État a été rejetée. Les contrats passés entre la S.D.E.I. et le S.I.R.V. ont donc été déclarés définitivement illégaux. Le Syndicat aurait donc du se dédire, en fait, annuler sa signature. Or, le 8 décembre 2003, le Comité Syndical du S.I.R.V. a décidé de laisser les choses en état , dans un premier temps, puisqu'il a choisi de reconduire l'affermage de la S.D.E.I. pour l'assainissement collectif (tout à l'égout) de l'eau, bien qu'il ait opté pour le retour à la gestion directe pour l'assainissement non-collectif (suivi des fosses septiques individuelles).

Il faut noter que la commune de Venasque n’a pas, pendant assez longtemps, suivi le S.I.R.V. en ce qui concerne le traitement collectif des eaux usées, puisque elle avait confié cette activité à Ruas et non à la S.D.E.I., réalisant ainsi une économie de plus de 1,5 € sur le prix d'assainissement du mètre cube d'eaux usées ( d'après ce que nous avait dit le Maire avec qui nous avions eu une entrevue sur le sujet qui nous préoccupe). Malheureusement, depuis la fin de l'année 2007, la municipalité a opté pour une autre entreprise, qui serait une filiale de la S.D.E.I.,  pour le traitement des eaux usées et les prix ne sont plus les mêmes!

 Certaines communes obtiennent des tarifs avantageux., soit en renégociant les contrats passés avec les grandes sociétés d’eau , soit en adoptant des régies directes (par exemple, Pertuis a réalisé une économie de 25%).

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